Le substitut sanguin d’Hemarina, lauréat 2007, vaut des millions

Interviews de Franck Zal, PDG et fondateur d’Hemarina et de Matthieu Coutet, directeur des investissements chez Inserm Transfert Initiative.

Cinq ans après sa participation à Tremplin Entreprises, Franck Zal, ancien chercheur au CNRS, a révolutionné l’apport médical d’oxygène. Chiffre d’affaires potentiel d’Hemarina en 2015 : 30 millions d’euros.

Le parcours de Franck Zal, c’est l’histoire d’un homme, chercheur au CNRS, qui a fait une découverte : en étudiant des organismes marins capables de respirer entre les cycles de marées, il a identifié des transporteurs d’oxygène extra cellulaires. Pour rappel, l’oxygène est transporté dans notre corps par des cellules qu’on appelle globules rouges. Sauf que ce n’est pas le cas chez l’arénicole, invertébré enfoui dans le sable des plages bretonnes. Son hémoglobine transporte l’oxygène sans la moindre cellule. Une aptitude incroyable, à laquelle s’ajoute le fait que l’arénicole n’a ni rhésus, ni groupe sanguin. Dès le départ, Franck Zal pense donc à faire un « substitut sanguin » universel.

Hemarina participe à Tremplin Entreprises et rafle le Grand Prix dans la catégorie Sciences de la Vie

Désireux de passer de la recherche à l’application, Franck Zal crée sa société, Hemarina, en 2007. Les investisseurs sont d’abord frileux, mais le projet remporte les concours : lors de sa participation à Tremplin Entreprises, il se voit décerner le Grand Prix dans la catégorie Sciences de la Vie. Un tournant décisif, car Matthieu Coutet, directeur des investissements chez Inserm Transfert Initiative, fait partie du public.

Suivant les conseils d’Alumni de l’ESSEC, M. Zal décline les différentes applications possibles de sa découverte, et elles sont nombreuses : augmentation des rendements de la production d’anticorps monoclonaux (destinés à la recherche et aux médicaments contre le cancer) ; oxygénation des greffons en attente de transplantation ; pansements spécifiques pour les plaies ischémiques (caractérisées par des problèmes d’oxygénation, touchant les personnes diabétiques) ; et enfin “substitut sanguin” en cas d’ischémie cérébrale, application pour le moment développée avec l’armée américaine et destinée aux soldats sur les champs de bataille.

10 millions d’euros levés, une dizaine de recrutements en cours et bientôt une filiale à Boston

Résultat, après son implantation en Bretagne avec le soutien de la région et de Patrick Franchet, premier président de Finistère Angels, Hemarina s’apprête à ouvrir une filiale à Boston. Avec l’aide de Matthieu Coutet et d’Inserm Transfert Initiative, la société a levé plus de 10 millions d’euros pour financer ses ambitions. En pleine expansion, Hemarina recrute une dizaine de personnes pour renforcer son management. Parti des travaux issus de la recherche fondamentale et sans capitaux personnels au démarrage, Franck Zal dirige aujourd’hui une société de croissance internationale. Il se dit reconnaissant envers Tremplin Entreprises, qui lui a permis de travailler avec Inserm Transfert Initiative et lui a offert « visibilité et crédibilité ».

Interview de Franck Zal, PDG et fondateur d’Hemarina.


Le point de vue d’Inserm Transfert Initiative

Partenaire historique de Tremplin Entreprises, Inserm Transfert Initiative a soutenu Hemarina depuis sa nomination pour le Grand Prix de Tremplin Entreprises, en 2007. De start-up innovante à entreprise de croissance d’ambition internationale, Hemarina a réussi son pari. Matthieu Coutet, directeur des investissements chez Inserm Transfert Initiative, revient sur le chemin parcouru.

Comment avez-vous connu Hemarina ?

La première fois que nous avons découvert le projet, c’était dans le cadre de Tremplin Entreprises. Ensuite, nous avons rencontré Franck Zal à plusieurs reprises, jusqu’à notre premier investissement en 2008. Depuis, nous suivons activement la société : nous sommes présents au sein du conseil d’administration et nous avons participé aux trois investissements successifs, notamment le dernier, de 6,3 millions d’euros.

Hemarina nous a séduit par la qualité de l’équipe de management et par la capacité de Franck Zal à transformer une invention technologique en business. Nous avons été convaincus par le potentiel très varié qu’offre la technologie d’Hemarina, qui investit différents secteurs plus ou moins risqués, ce qui permet de sécuriser notre investissement.

De même qu’Hemarina, comment une start-up innovante se transforme en entreprise de croissance d’ambition internationale ?

Dans le secteur des biotechnologies, une entreprise doit tout de suite penser global et international, car les marchés sont globaux, européens ou mondiaux. Il est important de réfléchir immédiatement aux contraintes réglementaires relatives aux biotechnologies, qui sont européennes, américaines, etc. Il faut donc avoir une configuration adaptée à ces enjeux, et penser les brevets en fonction. Aujourd’hui, Hemarina signe des contrats industriels dans les domaines de la bioproduction pharmaceutique et agroalimentaire. L’entreprise est créatrice d’emplois, porteuse de valeurs, et elle affirme sa pérennité.

Quels ont été les temps forts de votre accompagnement auprès d’Hemarina ?

Le moment le plus difficile, à la fois pour le management et pour nous, a très certainement été le premier investissement. Pourquoi ? Parce que c’était la première fois que le manager s’ouvrait à l’extérieur, il y a donc eu des discussions importantes sur la vision de notre investissement. Il fallait savoir si nous étions en phase avec le management quant au développement d’Hemarina. Ensuite, il y a eu d’autres étapes clefs, telles que le passage du statut de startup à celui de PME industrielle, avec toutes les difficultés que cela implique en termes de process manageurial. Franck Zal a réussi avec brio cette transformation, qui ne s’est pas faite sans mal, parce que c’est une nouvelle culture à appréhender. Par exemple, il fallait faire les bons recrutements pour construire une équipe compétente. L’enjeu était aussi d’industrialiser et de normaliser la production, afin d’envisager une croissance importante pour la société.

Pourquoi vous associer à Tremplin ?

Notre association à Tremplin Entreprises est historique, cela fait de nombreuses années que nous sommes partenaires, d’abord via Inserm Transfert puis avec Inserm Transfert Initiative. Ce qui nous a séduit, c’est la promotion de sociétés de biotechnologies, mises en avant auprès d’un parterre d’investisseurs potentiels : cela nous permet d’avoir une connaissance du tissu industriel biotechnologique français et de promouvoir les sociétés à fort potentiel grâce au Grand Prix. Sans Tremplin Entreprises, nous n’aurions pas connu aussi rapidement Hemarina.

Interview de Matthieu Coutet, directeur des investissements chez Inserm Transfert Intiative


CARTE D’IDENTITÉ D’HEMARINA
Date de participation à Tremplin Entreprises : 2007
Catégorie : Sciences de la vie
Date de création : mars 2007
Nombre de salariés : 21 + 10 recrutements en cours

CARTE D’IDENTITE D’INSERM TRANSFERT INITIATIVE
Inserm Transfert Initiative est une société de capital amorçage, créée en 2005 par quatre partenaires : Inserm Transfert SA, CDC Entreprises, Natixis Ventech et Sofinnova Partners. En accompagnant les porteurs de projets et les entrepreneurs dans le domaine de la santé humaine, Inserm Transfert Initiative investit dans les sociétés de biotechnologies issues de la recherche académique. Avec un portefeuille de 15 sociétés, la stratégie d’Inserm Transfert Initiative est basée sur l’accompagnement des chercheurs fondateurs avant même la création de la société, à la fois sur le plan entrepreneurial et technologique.

Matthieu Coutet, Directeur des investissements chez Inserm Transfert Intiative, a réalisé 6 investissements depuis son arrivée en 2005, et également trois sorties, dont une introduction en bourse et une fusion industrielle. Dernièrement, il a mené à bien la recapitalisation d’Inserm Transfert Initiative, avec une levée de fonds de 35,5 millions d’euros, clôturée au premier semestre 2012.